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La crise de Cuba (octobre 1962)

Pendant treize jours d'octobre 1962, le monde s'approche plus près d'une guerre nucléaire qu'à aucun autre moment de son histoire. Deux hommes, l'Américain John F. Kennedy et le Soviétique Nikita Khrouchtchev, tiennent entre leurs mains le sort de l'humanité, à cause d'une île des Caraïbes située à 150 kilomètres des côtes américaines.

Comment Cuba est devenue communiste

En 1959, une révolution menée par Fidel Castro et Che Guevara renverse le dictateur cubain Batista, soutenu par les États-Unis. Le nouveau régime nationalise les entreprises américaines présentes sur l'île ; Washington réplique par un embargo commercial, puis tente en 1961 de renverser Castro en soutenant un débarquement d'opposants dans la baie des Cochons, qui échoue lamentablement. Poussé dans les bras de Moscou, Castro se rapproche de l'URSS. Pour la première fois, un pays communiste allié de l'URSS existe à quelques minutes de vol du territoire américain.

La découverte des missiles

Le 14 octobre 1962, un avion espion américain U-2 photographie des rampes de lancement en construction à Cuba : l'URSS y installe secrètement des missiles nucléaires capables d'atteindre Washington ou New York en quelques minutes. Khrouchtchev veut ainsi rééquilibrer la situation, car les Américains ont déjà des missiles en Turquie, aux portes de l'URSS. Kennedy réunit ses conseillers en secret. Les militaires réclament un bombardement immédiat, voire une invasion de l'île ; le président refuse, jugeant le risque d'escalade trop grand.

Treize jours au bord du gouffre

Le 22 octobre, Kennedy s'adresse aux Américains à la télévision, révèle l'existence des missiles et annonce un blocus naval de Cuba : tout navire soviétique transportant des armes sera intercepté. Pendant plusieurs jours, des cargos soviétiques font route vers la ligne de blocus et le monde retient son souffle. Le 27 octobre, jour le plus tendu, un avion américain est abattu au-dessus de Cuba, et un sous-marin soviétique encerclé manque de lancer une torpille nucléaire, un officier s'y opposant de justesse. Pendant ce temps, des messages s'échangent discrètement entre les deux capitales.

Le dénouement et ses leçons

Le 28 octobre, Khrouchtchev annonce le retrait des missiles de Cuba. En échange, Kennedy s'engage publiquement à ne pas envahir l'île et, secrètement, à retirer les missiles américains installés en Turquie. Les deux dirigeants ont préféré reculer plutôt que de risquer l'anéantissement, et chacun peut présenter le résultat comme une victoire. La leçon est retenue : dès 1963, une ligne de communication directe, le « téléphone rouge », est installée entre la Maison-Blanche et le Kremlin pour éviter qu'un malentendu ne déclenche l'apocalypse. La même année, un premier traité limite les essais nucléaires. La crise de Cuba marque ainsi le début d'une période d'apaisement, la détente.