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1947, la rupture entre les deux blocs

1947 est l'année où l'alliance de la Seconde Guerre mondiale se brise définitivement. En quelques mois, les États-Unis et l'URSS annoncent chacun leur vision du monde et somment les autres pays de choisir leur camp. C'est cette année-là que la Guerre froide commence vraiment.

La doctrine Truman : « endiguer » le communisme

En mars 1947, le président américain Harry Truman prononce devant le Congrès un discours resté célèbre. Il affirme que le monde doit choisir entre deux modes de vie : l'un fondé sur la liberté, l'autre sur la contrainte. Les États-Unis, promet-il, aideront « les peuples libres qui résistent à des tentatives d'asservissement ». Cette politique porte un nom : l'endiguement (containment en anglais). L'idée n'est pas de détruire l'URSS, mais de l'empêcher de s'étendre au-delà des pays qu'elle contrôle déjà. Concrètement, Truman fait immédiatement voter une aide militaire à la Grèce et à la Turquie, menacées par des mouvements communistes.

Le plan Marshall : l'arme de la générosité

En juin 1947, le secrétaire d'État américain George Marshall propose un programme d'aide massive à la reconstruction de l'Europe, ruinée par la guerre : c'est le plan Marshall. Au total, environ 13 milliards de dollars sont versés à seize pays européens sous forme de dons, de prêts et de livraisons de matériel. Les motivations sont doubles : aider sincèrement des populations qui manquent de tout, mais aussi éviter que la misère ne pousse les Européens à voter communiste, et fournir des débouchés à l'industrie américaine. Staline y voit un piège destiné à placer l'Europe sous domination américaine : il interdit aux pays qu'il contrôle d'accepter cette aide, y compris à la Tchécoslovaquie qui le souhaitait.

La doctrine Jdanov : la réponse soviétique

En septembre 1947, l'URSS réplique par la voix d'Andreï Jdanov, un proche de Staline. Il décrit lui aussi un monde coupé en deux, mais inversé : d'un côté le camp « impérialiste » mené par les États-Unis, accusé d'exploiter les peuples, de l'autre le camp « anti-impérialiste et démocratique » mené par l'URSS, présenté comme le défenseur des travailleurs et de la paix. Dans la foulée est créé le Kominform, un bureau chargé de coordonner les partis communistes du monde entier et de les aligner sur Moscou. Chaque bloc a désormais sa doctrine officielle, et il devient très difficile de rester neutre.

L'Europe de l'Est passe sous contrôle

Dans les mois qui suivent, l'URSS verrouille les pays d'Europe centrale et orientale qu'elle occupe depuis 1945. Les partis communistes y éliminent leurs adversaires, truquent les élections et instaurent des régimes à parti unique : c'est ce qu'on appelle la mise en place des « démocraties populaires ». Le cas le plus marquant est le coup de Prague, en février 1948, où les communistes tchécoslovaques s'emparent du pouvoir par la force. Le « rideau de fer » décrit par Churchill dès 1946 devient une réalité concrète : l'Europe est coupée en deux pour plus de quarante ans.