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Vivre de part et d'autre du rideau de fer

La Guerre froide n'a pas été qu'une affaire de dirigeants, de missiles et de traités. Elle a façonné la vie quotidienne de centaines de millions de personnes pendant plus de quarante ans. Selon le côté du rideau de fer où l'on était né, on ne mangeait pas la même chose, on ne lisait pas les mêmes journaux et, surtout, on n'avait pas le droit de partir.

À l'Est : la pénurie et la file d'attente

Dans les pays du bloc soviétique, l'État possède les usines, les magasins et les terres, et décide de ce qui doit être produit. Le système garantit à chacun un emploi, un logement, l'école et les soins gratuits, ce qui n'était pas rien. Mais il produit mal ce dont les gens ont vraiment besoin : les magasins manquent régulièrement de viande, de chaussures ou de papier, et faire la queue pendant des heures fait partie du quotidien. Certains objets ordinaires à l'Ouest deviennent des trésors : un jean, un disque de rock ou une orange à Noël. En RDA, il fallait attendre parfois plus de dix ans pour recevoir une voiture Trabant commandée.

Propagande, censure et surveillance

Dans les deux camps, on cherche à convaincre sa population que son mode de vie est le meilleur, mais les moyens diffèrent radicalement. À l'Est, la propagande est un monopole d'État : les journaux, la radio et la télévision sont contrôlés, l'histoire est réécrite, et la censure interdit les livres jugés dangereux. Une police politique surveille les habitants, comme la Stasi en Allemagne de l'Est, qui finit par employer ou faire collaborer une personne sur cinquante, parfois au sein des familles. À l'Ouest, la presse est libre et critique ses propres gouvernements, mais la peur du communisme y produit aussi des dérives, comme le maccarthysme aux États-Unis dans les années 1950, où des milliers de personnes furent soupçonnées, interrogées et privées de travail.

Partir, un droit inégal

La différence la plus visible entre les deux mondes tient en un mot : circuler. À l'Ouest, on peut voyager, déménager, émigrer. À l'Est, quitter le pays exige une autorisation presque toujours refusée, et tenter de fuir est un crime. C'est bien pour cela que le mur de Berlin a été construit en 1961 : non pas pour empêcher d'entrer, mais pour empêcher de sortir. Des milliers de personnes ont pourtant essayé, en creusant des tunnels, en se cachant dans des voitures truquées, en fabriquant une montgolfière ou un ULM artisanal. Beaucoup ont réussi, des centaines sont mortes en essayant.

Une jeunesse qui se ressemble malgré tout

Malgré ces murs, les cultures circulent. Les adolescents de l'Est captent en cachette les radios occidentales, s'échangent des cassettes de rock usées jusqu'à la corde et copient les coupes de cheveux vues dans des magazines passés en fraude. Les régimes communistes tentent de proposer leurs propres groupes de musique et leurs propres modes, sans grand succès. Quand le mur tombe en 1989, ce n'est pas seulement un régime politique qui s'écroule : c'est la fin d'un monde où l'endroit de sa naissance déterminait, plus que tout le reste, la liberté dont on pouvait disposer.