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La Gaule Devient Chrétienne (IIe-Ve siècle)
En trois siècles, une religion venue d'Orient, longtemps interdite et persécutée, devient celle de l'empereur, puis celle de tout l'Empire. C'est le changement le plus profond de la Gaule romaine : il survivra à Rome elle-même.
Une religion venue d'Orient
Le christianisme arrive en Gaule dès le IIe siècle, apporté par des marchands et des voyageurs le long des routes et des fleuves. Il s'installe d'abord dans les grandes villes, à commencer par Lyon. Refusant de rendre un culte à l'empereur, ces premiers chrétiens sont vus comme des rebelles : en 177, la communauté lyonnaise est persécutée et une quarantaine de ses membres sont exécutés dans l'amphithéâtre, parmi lesquels la jeune esclave Blandine et l'évêque Pothin.
Constantin et le tournant de 313
En 312, l'empereur Constantin l'emporte sur son rival au pont Milvius. L'année suivante, l'édit de Milan accorde la liberté de culte aux chrétiens : la religion persécutée devient une religion protégée. Constantin fait bâtir des églises et réunit les évêques au concile de Nicée en 325. En 380, l'empereur Théodose va plus loin : le christianisme devient la religion officielle de l'Empire, et les cultes anciens sont peu à peu interdits.
La Porta Nigra de Trèves : au IVe siècle, la ville est une capitale impériale, et la Gaule vit au rythme d'empereurs devenus chrétiens
Saint Martin et les campagnes
Les villes se convertissent les premières ; les campagnes résistent plus longtemps, le mot « païen » vient d'ailleurs du latin paganus, « habitant de la campagne ». La figure la plus célèbre de cette évangélisation est saint Martin, ancien soldat romain devenu évêque de Tours en 371 : il parcourt les villages, fait abattre les fana gaulois, fonde le monastère de Marmoutier et donne son nom à des milliers d'églises françaises.
Saint Martin partageant son manteau, vitrail du XIIIe siècle à la cathédrale de Tours : une image très postérieure au personnage, qui montre comment le Moyen Âge se le représentait
Ce qui reste des anciens dieux
La conversion n'efface pas tout. Beaucoup de sanctuaires anciens sont reconstruits en églises, des sources sacrées deviennent des fontaines de saints et les grandes fêtes gauloises sont remplacées par des fêtes chrétiennes aux mêmes dates : c'est le syncrétisme.
L'évêque, nouveau personnage de la cité
À mesure que l'administration romaine s'affaiblit, l'évêque devient l'homme le plus important de la cité : il gère les greniers, rachète des captifs, arbitre les conflits et parle au nom des habitants face aux chefs barbares. C'est ce pouvoir-là qui explique le geste de Clovis en se faisant baptiser vers 496 : en devenant catholique, il s'assure le soutien des évêques et de toute la population gallo-romaine.