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La Fin de l'Antiquité, de la Crise à la Chute (235-511)
Après deux siècles de paix, l'Empire se dérègle : attaqué à ses frontières, ruiné par l'inflation, déchiré par ses propres généraux. En deux siècles et demi, la Gaule cesse d'être romaine et devient le royaume des Francs.
Cinquante empereurs en cinquante ans
Entre 235 et 284, plus de cinquante hommes se proclament empereurs et presque tous meurent assassinés, souvent par leurs propres soldats. Ce sont désormais les légions qui font et défont le pouvoir. Pour payer les troupes, on fabrique une monnaie contenant de moins en moins d'argent : les prix s'envolent et beaucoup de gens reviennent au troc. En 260, le général Postume profite du désordre pour fonder un Empire des Gaules indépendant, avec ses monnaies et sa capitale à Trèves ; il tient quatorze ans avant qu'Aurélien ne réunifie l'Empire.
Monnaie de Postume, fondateur de l'Empire des Gaules : frapper monnaie à son nom, c'est se déclarer empereur
La Gaule se replie derrière ses remparts
Profitant de frontières dégarnies, les Alamans et les Francs franchissent le limes du Rhin à plusieurs reprises entre 253 et 275 : des dizaines de villes sont pillées. Les cités, jusque-là ouvertes, se dotent en urgence de remparts qui n'entourent plus qu'une petite partie de leur surface, à Beauvais, à Bordeaux ou au Mans, on y reconnaît encore des blocs de temples et de tombeaux démontés à la hâte. Dans les campagnes, des paysans révoltés, les bagaudes, prennent les armes. Dioclétien (284-305) rétablit l'ordre au prix d'impôts écrasants, et le IVe siècle offre à la Gaule un dernier siècle de calme.
L'enceinte gallo-romaine du Mans, dressée en urgence au IIIe siècle : elle ne protège plus qu'une partie de la ville
La nuit du 31 décembre 406
Cette nuit-là, le Rhin est gelé. Des dizaines de milliers de Vandales, Suèves et Alains le franchissent près de Mayence et se répandent à travers la Gaule sans rencontrer de véritable résistance : les légions ont été rappelées pour défendre l'Italie. Le limes, tenu depuis quatre siècles, ne sera jamais rétabli. Chez les Romains, le mot barbare ne signifie pas « sauvage » : il désigne simplement celui qui ne parle ni latin ni grec.
Les trajets des peuples en mouvement entre 150 et 500 : la Gaule est traversée par plusieurs d'entre eux
Des alliés qui deviennent des royaumes
Incapable de les chasser, Rome choisit de les employer : ces peuples reçoivent le statut de fédérés, des terres à cultiver en échange du service militaire. En 418, les Wisigoths s'installent en Aquitaine et font de Toulouse leur capitale ; les Burgondes occupent la vallée du Rhône ; les Francs tiennent le nord. Alliés sur le papier, chacun fonde en réalité son propre royaume. En 451, quand Attila, roi des Huns, envahit la Gaule et assiège Orléans, c'est une coalition de Romains, de Wisigoths, de Francs et de Burgondes qui l'arrête aux Champs Catalauniques : la dernière victoire remportée au nom de Rome en Gaule est gagnée par les peuples qu'elle appelait barbares. En 476, le chef Odoacre dépose le dernier empereur d'Occident, un adolescent nommé Romulus Augustule, un événement qui passe alors presque inaperçu.
Fibules wisigothiques en forme d'aigle, serties de grenats : l'orfèvrerie des peuples installés dans l'ancien Empire
Clovis et la naissance du royaume des Francs
Rien ne dit encore qu'il sortira un pays de cette Gaule morcelée. C'est l'œuvre de Clovis, roi des Francs à quinze ans en 481. En 486, il bat Syagrius à Soissons et s'empare du dernier territoire encore gouverné au nom de Rome. Vers 496, poussé par son épouse Clotilde, il se fait baptiser à Reims par l'évêque saint Remi : catholique comme les Gallo-Romains, il gagne le soutien des évêques et de la population. En 507, il écrase les Wisigoths à Vouillé et les repousse au-delà des Pyrénées, puis fait de Paris sa capitale. À sa mort en 511, son royaume va de la Belgique aux Pyrénées, mais il est partagé entre ses quatre fils comme un héritage privé. L'Antiquité est finie : la suite s'écrit dans la période du Moyen Âge.
Le baptême de Clovis dans les « Grandes Chroniques de France » (XIVe siècle) : une image peinte huit siècles après l'événement, qui habille les Francs en gens du Moyen Âge