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Averroès et la transmission à l'Europe
Ibn Rushd, que les Européens appellent Averroès (1126-1198), est juge et médecin à Cordoue. Il consacre sa vie à commenter Aristote, ligne à ligne, avec un tel soin qu'au Moyen Âge on l'appellera simplement « le Commentateur », comme Aristote était « le Philosophe ».
Foi et raison peuvent-elles coexister ?
C'est sa grande question. Sa réponse : la religion et la philosophie disent la même vérité de deux façons différentes, l'une en images accessibles à tous, l'autre par la démonstration réservée à ceux qui s'y forment. Il n'y a donc pas à choisir. Cette position lui vaudra des ennuis : à la fin de sa vie, il est disgracié et ses livres brûlés.
Tolède, l'atelier des traducteurs
Après la reconquête chrétienne de Tolède en 1085, la ville devient un chantier de traduction unique. Des équipes mêlant savants chrétiens, juifs et musulmans traduisent de l'arabe au latin, souvent en passant par le castillan à l'oral. Des centaines d'œuvres (Aristote, Euclide, Ptolémée, al-Khwarizmi, Avicenne, Averroès) entrent ainsi en Europe. La Sicile normande joue un rôle comparable.
Le choc dans les universités
Quand ces textes arrivent à Paris et à Oxford au XIIIe siècle, ils bouleversent tout. Thomas d'Aquin entreprend d'accorder Aristote avec le christianisme, en s'appuyant sur les commentaires d'Averroès qu'il critique tout en s'en servant. Les autorités s'inquiètent : en 1210 puis en 1277, l'enseignement de certaines de ces thèses est condamné à Paris.
Un héritage paradoxal
Averroès a eu bien plus d'influence sur l'Europe chrétienne que sur le monde musulman, où sa pensée fut peu suivie. Dante le place dans les Limbes aux côtés des grands sages antiques, et Raphaël le peint dans L'École d'Athènes, au milieu des philosophes grecs.