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Bagdad et la Maison de la Sagesse
En 762, le calife al-Mansour fonde Bagdad au bord du Tigre, en plein cœur de l'ancienne Mésopotamie. Il la fait bâtir parfaitement ronde, avec le palais et la mosquée au centre, d'où son surnom de « ville ronde ». En un siècle, elle devient sans doute la plus grande ville du monde, avec près d'un million d'habitants.
Un projet fou : tout traduire
Sous le calife Al-Mamoun (813-833) se développe la Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma), à la fois bibliothèque, centre de traduction et académie. On y traduit en arabe des œuvres grecques, persanes, indiennes et syriaques : Aristote, Platon, Euclide, Ptolémée, Galien, les traités indiens d'astronomie. La légende raconte qu'on payait certains traducteurs le poids en or de leurs manuscrits.
Traduire, puis dépasser
Le vrai travail commence après la traduction. Les savants vérifient, corrigent les erreurs, refont les mesures. Al-Battani recalcule la durée de l'année solaire avec une précision de quelques minutes. Al-Biruni estime le rayon de la Terre avec une erreur inférieure à 1 %. Ibn al-Haytham (Alhazen) démontre que la vision fonctionne parce que la lumière entre dans l'œil, et non l'inverse comme le pensaient beaucoup de savants grecs : il pose ainsi les bases de la méthode expérimentale.
Le papier change l'échelle
Une fabrique de papier ouvre à Bagdad à la fin du VIIIe siècle. Bien moins cher que le parchemin, il permet une explosion du livre : les bibliothèques se comptent en dizaines de milliers de volumes, quand les plus riches abbayes européennes en possèdent quelques centaines.
La fin brutale
En 1258, les Mongols de Houlagou prennent Bagdad, massacrent les habitants et jettent, dit-on, tant de livres dans le Tigre que le fleuve en devient noir d'encre. La ville ne retrouvera jamais son rang.