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La naissance du shogunat
À la fin du XIIe siècle, deux grands clans guerriers se disputent le contrôle du Japon : les Taira et les Minamoto. Leur affrontement, la guerre de Genpei (1180-1185), est raconté dans le Dit des Heike, l'un des grands textes de la littérature japonaise, récité pendant des siècles par des moines aveugles s'accompagnant du luth.
La bataille de Dan-no-Ura
En 1185, la flotte des Taira est écrasée à Dan-no-Ura. Vaincus, plutôt que de se rendre, de nombreux Taira se jettent à la mer, dont l'empereur enfant Antoku, âgé de six ans, emporté par sa grand-mère. La légende raconte que les crabes de la région, dont la carapace évoque un visage grimaçant, sont les âmes des guerriers noyés.
Un pouvoir à côté de l'empereur
Le vainqueur, Minamoto no Yoritomo, fait quelque chose d'habile : il ne renverse pas l'empereur. Il se fait nommer par lui seii taishogun (« grand général pacificateur des barbares ») et installe son propre gouvernement à Kamakura, à près de 400 kilomètres de la cour impériale de Kyoto. L'empereur garde la légitimité sacrée ; le shogun garde les armées, les impôts et la justice.
Le bakufu
Ce gouvernement militaire s'appelle bakufu, littéralement « gouvernement sous la tente ». Il distribue les terres confisquées aux vassaux fidèles, nomme des intendants dans les provinces et rend la justice. Le système durera, sous trois familles successives de shoguns, jusqu'en 1868.
Une ironie de famille
Yoritomo se méfiait tellement de ses proches qu'il fit éliminer son propre frère Yoshitsune, pourtant l'artisan de ses victoires et devenu le héros tragique le plus aimé du Japon. Après sa mort, ce sont les Hojo, la famille de son épouse, qui gouvernent réellement au nom des shoguns : un pouvoir derrière le pouvoir derrière le pouvoir.