Une guerre totale
La Première Guerre mondiale est qualifiée de "guerre totale" car elle mobilise non seulement les armées, mais l'ensemble des ressources économiques, humaines et morales des nations belligérantes. C'est une rupture fondamentale dans l'histoire des conflits.
La mobilisation économique
Les États prennent en main la direction de leurs économies pour orienter toute la production vers l'effort de guerre. Les usines industrielles se reconvertissent pour fabriquer des obus, des canons, des équipements militaires. Les États fixent les prix et instaurent des systèmes de rationnement des denrées essentielles. Les gouvernements financent l'effort de guerre par des emprunts nationaux auxquels les populations sont invitées à participer. Les empires coloniaux fournissent des matières premières et des contingents de soldats : plusieurs centaines de milliers de combattants originaires d'Afrique, d'Asie et d'Océanie participent ainsi à un conflit qui les concerne peu directement.
Le rôle des femmes
Le départ des hommes vers le front contraint à réorganiser profondément la société civile. Les femmes occupent massivement des emplois qui leur étaient jusqu'alors fermés : elles travaillent dans les usines d'armement (les "munitionnettes"), cultivent les champs, conduisent les transports en commun et assurent le fonctionnement des hôpitaux militaires. Leur contribution est indispensable au maintien de l'économie de guerre. Paradoxalement, en France, les femmes ne se voient accorder le droit de vote qu'en 1944, soit vingt-six ans après la fin du conflit.
La propagande et la censure
Les gouvernements cherchent à maintenir la combativité et le consentement des populations par un contrôle étroit de l'information. Les journaux sont soumis à la censure militaire : les défaites sont minimisées ou tues, les conditions horribles des tranchées restent cachées au grand public. Des affiches, des discours et des films diffusent une image valorisante du sacrifice national et diabolisent l'ennemi. On appelle "bourrage de crâne" ces pratiques de manipulation de l'opinion qui visent à entretenir la conviction dans la victoire finale.
Le génocide des Arméniens
Pendant la guerre, une tragédie particulière se déroule dans l'Empire ottoman. En 1915, le gouvernement ottoman organise la déportation et le massacre systématique de la population arménienne chrétienne, accusée de sympathies envers la Russie ennemie. Entre 1,2 et 1,5 million de personnes sont tuées, par l'exécution directe ou l'épuisement lors de marches de la mort. C'est le premier génocide du XXe siècle, reconnu officiellement par la France en 2001 et par de nombreux autres États depuis.