Mémoire et héritage de la Grande Guerre
La Première Guerre mondiale laisse derrière elle un deuil collectif d'une ampleur sans précédent. Presque chaque famille en France a perdu un homme. Cet immense traumatisme engendre une culture mémorielle spécifique et un mouvement pacifiste profond dont les conséquences politiques se feront sentir jusqu'à la veille du second conflit mondial.
Les monuments aux morts
Dans l'immédiat après-guerre, chaque commune de France fait ériger un monument aux morts portant les noms des soldats tombés. On en dénombre environ 36 000 sur l'ensemble du territoire, témoignant de l'ampleur du deuil dans chaque village et chaque quartier. Dans certaines localités, les listes de noms révèlent que presque toute la jeunesse masculine a disparu. Ces monuments sont le lieu de cérémonies de commémoration annuelles, notamment le 11 novembre, devenu jour férié.
Les grands lieux de mémoire
Des mémoriaux d'envergure nationale sont établis sur les anciens champs de bataille. L'ossuaire de Douaumont, près de Verdun, conserve les restes non identifiés de 130 000 soldats français et allemands. Les cimetières militaires alignent des milliers de croix blanches le long de l'ancien front. En 1920, sous l'Arc de Triomphe à Paris, un soldat non identifié est inhumé : le "Soldat inconnu" devient le symbole de tous ceux qui ont disparu sans que leurs familles sachent où ils gisent. Une flamme éternelle brûle en permanence devant sa tombe.
La mémoire culturelle et le pacifisme
Des écrivains témoignent de l'expérience des tranchées pour transmettre leur réalité aux générations suivantes : Henri Barbusse avec "Le Feu" (1916), Roland Dorgelès avec "Les Croix de bois" (1919), ou l'Allemand Erich Maria Remarque avec "À l'Ouest, rien de nouveau" (1929), qui montre que la souffrance était identique des deux côtés du front. Le slogan "Plus jamais ça" résume la conviction d'une génération que la paix doit être préservée à tout prix. Ce pacifisme profond contribue, dans les années 1930, à l'hésitation des démocraties françaises et britanniques à s'opposer fermement à Hitler, de peur de rouvrir un conflit d'une telle horreur.