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La caravelle et l'art de naviguer

Descendre la côte africaine est facile : le vent et le courant poussent vers le sud. Le problème, c'est de revenir. Pendant longtemps, les marins refusaient de dépasser certains caps par peur de ne jamais pouvoir remonter. Il fallait un bateau capable d'aller contre le vent.

La voile latine

La caravelle portugaise est petite (20 à 25 mètres, une vingtaine d'hommes), mais elle porte des voiles latines, triangulaires, utilisées depuis longtemps en Méditerranée. Ces voiles permettent de naviguer au près, c'est-à-dire en biais par rapport au vent, en zigzaguant. C'est la caravelle qui rend l'exploration systématique possible.

La volta do mar

Les Portugais découvrent aussi une astuce contre-intuitive : pour rentrer d'Afrique, il ne faut pas longer la côte en remontant péniblement, mais s'élancer vers le large en plein océan, très loin à l'ouest, pour attraper d'autres vents qui ramènent vers l'Europe. Cette manœuvre, la volta do mar, « le tour de la mer », suppose de perdre la terre de vue pendant des semaines et de faire confiance à sa navigation.

Savoir où l'on est

La latitude (nord-sud) se calcule en mesurant la hauteur du soleil à midi ou de l'étoile Polaire, avec un astrolabe ou un quadrant, puis en consultant des tables. La longitude (est-ouest), elle, reste un problème insoluble pendant trois siècles : il faudrait connaître l'heure du port de départ, et aucune horloge ne résiste au roulis. Le problème ne sera réglé qu'au XVIIIe siècle avec les chronomètres de John Harrison.

La vie à bord

Elle est très dure : biscuit de mer plein de charançons, eau croupie, promiscuité, tempêtes. Le pire ennemi est le scorbut, dû au manque de vitamine C : gencives qui saignent, dents qui tombent, plaies qui se rouvrent. Magellan perdra la majorité de son équipage. On ne découvrira qu'au XVIIIe siècle que les agrumes permettent de l'éviter.