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L'échange colombien
C'est peut-être la conséquence la plus profonde des grandes explorations, et la moins spectaculaire à première vue : deux mondes vivants séparés depuis des millénaires se mélangent. Les historiens appellent cela l'échange colombien.
Ce qui part d'Amérique
Pomme de terre, maïs, tomate, haricot, piment, courge, cacao, vanille, arachide, ananas, tabac, quinquina. Imagine l'Italie sans tomate, l'Irlande sans pomme de terre, la Suisse sans chocolat, l'Inde sans piment, la Hongrie sans paprika : tous ces produits sont arrivés après 1492. La pomme de terre, qui pousse en altitude, sur de mauvais sols et donne beaucoup de calories à l'hectare, contribue à faire fortement augmenter la population européenne au XVIIIe siècle.
Ce qui arrive en Amérique
Blé, riz, canne à sucre, café, agrumes, vigne ; et surtout des animaux inconnus en Amérique : cheval, vache, porc, mouton, poule. Le cheval transforme complètement la vie des peuples des Grandes Plaines d'Amérique du Nord, qui deviennent en un siècle des cavaliers redoutables : l'image même de « l'Indien à cheval » n'existe donc que grâce aux Européens.
Ce qui tue
Le versant sombre est démographique. Variole, rougeole, typhus, grippe frappent des populations sans aucune immunité. En un siècle, la population des Amériques chute d'environ 90 %. En sens inverse, une maladie semble avoir voyagé d'ouest en est, la syphilis, qui apparaît en Europe juste après 1493.
Ce qui contraint
L'effondrement démographique et le besoin de main-d'œuvre pour les mines d'argent et les plantations de sucre alimentent la traite atlantique : plus de douze millions d'Africains déportés vers les Amériques entre le XVIe et le XIXe siècle. L'échange colombien n'est pas seulement une affaire de plantes : c'est aussi le déplacement forcé de millions d'êtres humains.