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Sinan et l'architecture ottomane

Mimar Sinan (vers 1489-1588) est l'un des plus grands architectes de l'histoire, et sa biographie est déjà un roman : né dans une famille chrétienne d'Anatolie, recruté par le devchirmé, il devient janissaire, participe aux campagnes comme ingénieur militaire (ponts, fortifications) et n'est nommé architecte en chef du sultan qu'à près de cinquante ans. Il travaillera ensuite pendant un demi-siècle.

Un défi : dépasser Sainte-Sophie

Depuis mille ans, la coupole de Sainte-Sophie était considérée comme indépassable. Sinan en fait son objectif déclaré. Il expérimente d'un bâtiment à l'autre, cherchant à ouvrir l'espace intérieur et à faire reposer la coupole sur le moins d'appuis possible.

La mosquée de Süleymaniye

Achevée en 1557 à Istanbul, elle domine la ville depuis une colline. Sinan y résout des problèmes techniques remarquables : un système de ventilation qui canalise la fumée des lampes à huile vers une pièce unique (où l'on récupérait la suie pour fabriquer l'encre), et une acoustique si soignée qu'une voix normale porte dans tout l'édifice. La mosquée a traversé sans dommage plusieurs tremblements de terre majeurs.

Sélimiye, son chef-d'œuvre

Sinan a plus de 80 ans quand il construit à Edirne la mosquée Sélimiye (1575), qu'il considérait lui-même comme son chef-d'œuvre. Sa coupole, de 31,3 mètres, dépasse enfin, de peu, celle de Sainte-Sophie, et repose sur huit piliers qui libèrent complètement l'espace intérieur. Elle est classée au patrimoine mondial.

Un bâtisseur d'utilité publique

On lui attribue plus de 300 constructions : mosquées, mais aussi ponts, aqueducs, hôpitaux, cuisines pour les pauvres, écoles, hammams, caravansérails. Son pont de Višegrad, en Bosnie, a inspiré un roman prix Nobel de littérature. Sinan est enterré dans une modeste tombe qu'il a lui-même dessinée, près de la Süleymaniye.