La société française sous Louis XIV (XVIIe siècle)
La société française du XVIIe siècle est organisée en trois ordres hérités du Moyen Âge. Cette structure sociale très inégalitaire perdurera jusqu'à la Révolution française de 1789, dont elle constitue l'une des causes profondes.
Les trois ordres
Le clergé (premier ordre) compte environ 130 000 personnes. Il est exempt d'impôts directs et perçoit la dîme, soit un dixième des récoltes prélevé sur tous les paysans. La noblesse (deuxième ordre), environ 400 000 personnes, possède de grands domaines et est exemptée de la taille (le principal impôt du royaume). Elle monopolise les hauts postes militaires et administratifs. Le tiers état (troisième ordre) représente environ 97 % de la population et regroupe des situations très disparates : une bourgeoisie commerçante et juridique de plus en plus prospère, des artisans et des ouvriers urbains, et surtout une immense masse paysanne qui supporte l'essentiel des charges fiscales.
La condition paysanne
Les paysans, majoritaires dans la population française, cumulent les charges : la taille au roi, la gabelle sur le sel, la dîme à l'Église et les redevances au seigneur. Leurs conditions de vie restent précaires et dépendent étroitement des récoltes. Les hivers de 1693-1694 et 1709, catastrophiques, provoquent des famines qui font plusieurs centaines de milliers de morts. Vauban lui-même, dans son Projet d'une dîme royale (1707), dénonce ces inégalités et propose un impôt universel : l'ouvrage est immédiatement censuré.
Une injustice structurelle
Le paradoxe est central : seul le tiers état, le plus pauvre, paie l'impôt, tandis que le clergé et la noblesse, les deux groupes les plus riches, en sont exemptés. Cette injustice fiscale et sociale est l'une des principales causes structurelles de la Révolution française de 1789.